vendredi 8 mai 2015

L'espoir – sa fragilité et sa force

Yassin Al Haj Saleh

Texte de l'intervention de Yassin Al Haj Saleh à Toulouse lors de la rencontre autour de son livre "Récits d'une Syrie oubliée", à l'Espace des Diversités et de la laïcité le 9 avril 2015. 

1-

En 1992, alors que mes deux frères et certains amis venaient de sortir de prison, l'un de mes frères, accompagné d'un autre ami sont venus me rendre visite en prison. A l'époque, les visites étaient interdites. Mais la tyrannie a toujours des failles : le geôlier était complice, ce qui a permis que je puisse leur parler à travers les fenêtres de notre quartier, alors qu'ils étaient debout dans la cour de la prison. Mon frère avait été emprisonné pendant 6 ans et notre ami plus de 11 ans. Tous les deux avaient retrouvé la « liberté » quelques semaines plutôt, à cette époque-là. Je ne sais plus qui d'entre eux avait dit cette phrase inoubliable : «  Lorsque j'étais en prison, j'avais l'espoir d'en sortir. Je suis sorti, mais je n'ai plus d'espoir ! »
Cette phrase m'a beaucoup peiné. Non parce que j'imaginais la vie en rose en dehors de la prison, mais parce que je sentais que l'espoir est quelque chose que l'on se donne, quelque chose qu'on s'efforce à cultiver pour qu'il reste avec nous et se développe. Dans la langue arabe, il y a homophonie partielle entre le mot « espoir » et le mot « travail » ; par contre, au niveau du sens, ils ont une liaison très forte. L'espoir stimule l'esprit. Il n’est ni un passe-temps ni une attente de l’esprit, comme le dit Al Toughra’î dans son poème « Lamiyatu l’ajam) même s'il n'est pas également un travail dont le chemin est déjà tracé et qui conduit à un résultat précis et connu d'avance.
Le travail très organisé, s'approchant du fonctionnement d'une machine, ne comporte pas d'espoir car il ne présage d'aucune éclosion, d'aucune naissance ni d'aucune création.


L'espoir n'est pas non plus une espérance. Lorsqu'on éprouve le sentiment de l'espérance, on s'adresse à une force à l'extérieur de nous-mêmes. Tandis que l'espoir a sa source en nous.



En prison, sans but précis au début, je m'étais créé des occasions pour espérer, qui m'ont permis de résister au désespoir. Malgré le fait que j'avais suffisamment désespéré à certains moments. Je crois que l'expérience carcérale m'a servi de vaccin contre le désespoir. Car en prison, j'avais souvent été atteint d'un désespoir bien profond. Mais grâce à l'apprentissage, l’acquisition des savoirs et à la réflexion, la prison est devenue une émancipation, comme je l'ai dit dans mon livre. C'est une libération des prisons intérieures. A l'intérieur de la prison, j'ai changé et je me suis régénéré. A mon avis, c'est le degré le plus intense de l'espoir : une nouvelle vie et une nouvelle jeunesse.


L'espoir est également la fabrication de l'âge, et une manière de reporter la mort. L'âge n'est pas vraiment ce temps limité que nous avons durant notre vie. L'âge est ce que nous bâtissons  dans ce monde, et ce que nous produisons avec nos propres limites. L'apogée de l'espoir est que notre âge soit un florilège de plusieurs vies en une, et une édification.



2-

Le problème avec l'espoir est qu'il est petit, fragile. Alors que nous avons besoin de lui constamment, lui, il a besoin de toute notre force, et de tout ce que nous pouvons réunir en nous comme intelligence et imagination afin que cet espoir reste avec nous et s'épanouisse. Le souci qu'a l'espoir avec nous c'est que nous l'abandonnons facilement devant tout obstacle, et nous nous laissons aller au désespoir.
L'une des origines de la fragilité de l'espoir est la certitude que la mort est au bout. Mais l'espoir lui-même ne meurt pas. Il reste avec nous en dépit de cette certitude. Car l'espoir est la réplique de la vie.

A l'instar de la vie qui est un ensemble d'actes de résistance face à la mort, l'espoir est un ensemble d'actes de résistance face au désespoir. Ces actes sont la volonté, la pensée et l'imagination. L'espoir est ainsi une faculté qui enveloppe l'action humaine renouvelée sans que cette dernière soit liée à un déterminisme historique, ou une destinée divine, ou la nature même des choses. Nous ne sommes pas condamnés à l'espoir, comme l'avait dit notre maître le dramaturge syrien Saad Allah Wannous . L'espoir est un choix et non une fatalité ; ce n'est pas non plus une habitude. C'est un choix rude. C'est notre choix de résister à tout ce qui nous domine : les pouvoirs, les traditions, les pensées. De renouveler notre pensée et notre vie, de nous renouveler nous-mêmes tout en travaillant à essayer de changer le monde afin qu'il devienne plus juste et plus libre. Plus apte à produire de plus amples espoirs.

L'espoir est certes un acte de résistance à la fois individuel et collectif. Sauf qu'il y a des systèmes sociaux et politiques qui ne permettent pas de créer l'espoir. Ce sont des systèmes désespérés ou générateurs de désespoir ; ils œuvrent aussi à le répandre.
Si nous voulons nous libérer de la tyrannie, si les Syriens se sont insurgés contre l'état assadien, c'est parce qu'il est bel et bien un état anti-espoir. L'état assadien a affaibli la capacité des Syriens à construire et à conduire leur vie. Alors que, par ailleurs, leurs destins sont fabriqués et administrés par les managers, bruts et terrifiants, de l’hégémonie. Ce qui par la suite, crée des conditions favorables à la reproduction du désespoir.
L'espoir est la réplique de la vie comme il est la réplique de la liberté. Les gens créent l'espoir proportionnellement à leur degré de liberté. Les systèmes sociaux producteurs d'espoir sont ceux qui garantissent la plus grande liberté au plus grand nombre d'individus. La liberté s'entend comme la liberté de l'esprit et de la pensée, la liberté d'imaginer, de sortir des habitudes, et de rendre la vie plus originale, et non seulement la liberté au sens politique et juridique, pas plus qu'au sens économique (la suffisance matérielle). L'espoir ne peut pas s'accommoder avec des situations précises, ni avec les habitudes figées.
La vie figée dans un modèle fixe, a l'effet d'une machine bien réglée ; elle empêche ainsi toute éclosion et toute nouvelle naissance ; de la sorte elle exclue l'espoir. Son effet ressemble également à celui de la certitude de la mort et de l'anéantissement, si ce dernier s'empare du vivant.

La liberté, l'espoir et la vie forment une triade et marchent ensemble. En face, il y a une autre triade : la tyrannie, le désespoir et la mort. Comment espérer alors que nous sommes déjà morts ? Comment éprouver du plaisir à vivre alors que nos âmes sont appelées à mourir ?, demande le poète Abou al Atahia. Pourtant, nous n'espérons que parce que nous  sommes mortels, nous résistons à notre mort et ne cessons de la retarder.
En s'interdisant de prendre plaisir à vivre, Abou al Atahia meurt aujourd'hui et dans tout temps, car il mourra un jour. Il lui a échappé que si nous étions destinés à vivre éternellement, nos vies seraient devenues ennuyeuses puisqu'elles n'auraient comporté aucune nouveauté, dans l'attente du rien ; des  vies dépourvues d'espoir mais remplies de certitude.
Il n'y a pas d'espoir au paradis. Il y a une abandonce ennuyeuse. Aucune éclosion non plus ni  création. La mort n'existe pas dans le paradis, mais la naissance non plus, ni aucune forme de créativité innovante. On dit que le diable n'a pas d'espoir pour aller au paradis. Mais le paradis est le « terminus » des espoirs des croyants. Il se peut que le diable, en enfer, espère un salut quelconque ou espère moins souffrir. Mais : qu'y-a-t-il après le salut ? Un infini ennui. La vie limitée est cet « espace d'espoir » dont a parlé Al Toughra’ï . Tant que nous sommes vivants, nous sommes en principe capables de créer, de produire, et d'innover. L'espoir est cette force de l'apparition du renouveau, plein de vitalité,  dans notre vie. C'est la vie de la vie, c'est la vie doublée, ce sont ces instants où nous disons que nous avons réellement vécu.

L'espoir n'existe pas non plus dans les paradis terrestres, que ce soit au nom de la religion, de la nation, de l'humanité, du libéralisme ou du socialisme. L'Union soviétique et ses avatars, étaient  des pays du désespoir. Si je reprends une formule de Marx qui dit que lorsque la philosophie se réalise elle cesse d'être philosophie, je pourrais dire que l'espoir réalisé dans le socialisme soviétique n'est plus un espoir que possèdent les gens ou pour lequel ils se battent. Il est devenu un désespoir  achevé. « L'espoir a dominé » les Russes ainsi que tous les peuples soumis à leur pouvoir ; de la sorte, il ne leur reste plus d'espoir.

Mais l'organisation qui serait l'incarnation même du non-espoir, du désespoir écrasent (absolu?), et de la triade : despotisme/désespoir/ mort, est bien Daesh. Dans cette organisation, le système est sacré. Ses règles sont basées sur des certitudes incontestables ; il s'efforce de ne laisser la moindre marge, si étroite qu'elle puisse être, à la résistance, à la liberté ou à la créativité, et ce à n'importe quel niveau de la vie. Ici, se réalise l'espoir d'un état islamique et  par conséquent il ne reste plus aucun espoir. Ici s'achève l'histoire. Le but de la vie ici est de répéter les mêmes choses jusqu'à la mort. Ce qui mènera Daesh à son péril et le fera tomber, c'est le fait qu'il représente le prototype du désespoir qui enferme la vie et les vivants dans un étau serré. Malgré cela, Daesh ne réussit pas à fermer définitivement les fenêtres de l'espoir. Les gens finissent par enfreindre le système du désespoir et à le surpasser.

3-
Les Syriens affrontent aujourd'hui des situations extrêmement dures, qui dépassent la capacité même à l'imaginer et à en faire un récit cohérent. Tout pousse au désespoir.
«  Désespérons donc pour avoir la paix ! », avait écrit le romancier jordanien Ghaleb Halsa dans son roman : «  Pleurer devant les ruines », paru au début des années 80. Cela me paraît une abdication inacceptable.
Dans cette situation générale que l'on vit tous, j'affronte personnellement, en tant que Syrien comme les autres Syriens, une épreuve plus dure que la prison . Il ne s'agit pas uniquement de l'exil, mais aussi de l'enlèvement de Samira, mon épouse, et de mon frère Firas, ainsi que certains de mes amis, sans la moindre nouvelle d'eux (depuis plus d'un an) ; de plus, la révolution s'est brisée, et le pays s'est déchiré. Reste-t-il donc aujourd'hui une place pour l'espoir ?

Sans vouloir me vêtir d'une endurance qui n'est pas à mes yeux toujours bonne, mais je ne suis pas désespéré. Se plaindre et se lamenter me répulsent profondément. En revanche, pour affronter cette situation intenable et chronique, j'apprends à être triste au lieu d'être résigné et habité par une colère aveugle.
La tristesse aide à se retrouver et à ranger l'intérieur de nous-mêmes. Et c'est ainsi que nous pouvons résister.
J'apprends aussi comment me confier à des amis. Cela aide beaucoup.
Aujourd'hui l'espoir est plus que jamais un défi et une lutte. Une lutte sans garantie, sauf celle de l'amitié et de la confiance que nous donnent les amis, celle de l'accompagnement de soi, de construire une sorte d'amitié avec soi-même, et de l'image de Samira ne me quitte pas. Je sens que sa dignité va de pair avec ma capacité à tenir.

Le travail aide beaucoup également. La lecture et l'écriture sont mes outils de travail qui me permettent d'éclaircir les choses, de produire et de vivre.

Mais, ce qui aide le plus à résister c'est bel et bien le travail commun avec les autres. Je travaille avec des amis syriennes, syriens et turques sur des projets communs très prometteurs. Nous essayons ensemble de créer des espaces plus importants pour la confiance, l'espoir et l'amitié.

Je crois qu'il est juste aujourd'hui d'orienter notre effort vers tout ce qui peut sauver l'espoir et la confiance, vers le développement de la culture de l'espoir. Cette culture ne peut être qu'une culture de l'innovation et du renouvellement, l'espoir lui-même étant le compagnon idéal de la création et du renouvellement.

Plus tard, dans un temps que je ne saurai déterminer, ce travail de résistance contre le désespoir, devrait se transformer en une résistance contre les systèmes du désespoir, en un mouvement social, politique et libérateur, qui célèbre la vie et qui affronte la tyrannie politique et religieuse.

Texte traduit de l'arabe par Rawa Pichetto 

Photos : Rawa Pichetto

mercredi 6 mai 2015

مقابلة مع ماريان بابوت وناتالي بونتان حول صدور الترجمة الفرنسية لكتاب «بالخلاص يا شباب» لياسين الحاج صالح

. ترجمت المقابلة من اللغة الفرنسية سلمى العظمة

: صدرت المقابلة باللغة الفرنسية على موقعنا بتاريخ 5 نيسان 2015
Entretien avec Nathalie Bontemps et Marianne Babut autour de "Récits d'une Syrie oubliée"

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المترجمون هم الجسور التي تحمل الكتاب من ثقافة إلى أخرى بأمان وثقة‫.‬ هي رحلة داخل الكلمات تحمل روح الكتابة إلى شاطئ لغوي آخر‫.‬ المترجمون هم أيضاً السفن التي تقلُ نصاً، تغمسه في اللغة الأخرى وتحوله وتعطيه حياة جديدة‫.‬

شكراً لمريان بابوت وناتالي بونتان لقبولهما الإجابة على أسئلتنا‫. 
رواء بيتشيتو



ناتالي بونتان من مواليد باريس ١٩٧٧‫.‬ انتقلت عام ١٩٩٩ إلى مدينة مرسيليا حيث درست اللغة العربية‫ ثم إلى دمشق عام ٢٠٠٣ لمتابعة تعليمها وبقيت فيها حتى نهاية عام ٢٠١١. عملت في مجال الترجمة الأدبية منذ ٢٠٠٩ إلى جانب عملها في تعليم اللغة الفرنسية في دمشق. مازالت ناتالي تعمل اليوم كمترجمة بالإضافة لتدريسها اللغة العربية في معهد الثقافات الإسلامية في باريس. كما أنها منخرطة في أعمال جميعة شمس لدعم شبكات التضامن في سوريا. ‬


ماريان بابوت من مواليد مدينة روبيه الفرنسية عام ١٩٨١‫.‬ درست العلوم السياسية ثم اللغة العربية في معهد اللغات الشرقية في باريس‫.‬ انتقلت عام ٢٠٠٨ للعيش في دمشق حيث عملت كمدرسة لغة فرنسية‫.‬ مع بداية الانتفاضة الشعبية في ربيع ٢٠١١ عملت كمترجمة في السفارة الفرنسية بشكل مؤقت وتعمل منذ عودتها لفرنسا بداية عام ٢٠١٢ كمدرسة لغة فرنسية داخل السجون وتتابع نشاطها في الترجمة‫.‬


رواء‫:‬ كيف نشأت فكرة ترجمة هذا الكتاب؟ ما الذي كان المحرض الأول للقيام بهذا العمل؟

ناتالي بونتان:‬ اشتريت الكتاب في بيروت عام ٢٠١٢ فور صدوره‫.‬ رغبت بترجمته فور قراءتي له لأنه يقدم رؤية خاصة جداً عن السجن وعن المجتمع السوري‫.‬أول ما لفت انتباهي هو أن الكتاب يروي طريقة خاصة جداً لاجتياز المحن 1.‬  فالتركيز في سطوره كان حول إمكانية استرداد حرية ذاتية داخلية رغم حصول أبشع ما يمكن تصوره، أي أن يمضي المرء شبابه كله في السجن‫.‬ ويقلب الكاتب المعايير لدرجة الجزم بأنه لولا هذه التجربة لما كان استطاع بلوغ هذا الحد من التحرر وما كان ليبني نظرته للعالم تلك التي باتت تعرف عن هويته الحالية‫.‬ طاقة «الاجتياز» وإعادة البناء تلك قوية جداً ووَلدت لدي رغبة أكيدة في إيصال هذا النص لغيري نظراً للمحن الفظيعة التي تواجهها سوريا حالياً‫.‬
جذب انتباهي منحىً آخر في الكتاب يكمن في الجهد الذي بذله الكاتب لتناول السجن كحالة مجتمعية و‫«‬تجربة مواطَنة‫».‬ وقد خص السجن عددا هائلاً من الناس المنتمين لجيل الكاتب لدرجة أنه بات ظاهرة اجتماعية حاول الكاتب إستحضارها مستخدماً في ذلك أدوات مستوحاة من العلوم الاجتماعية‫.‬

يجمع النص إذا ما بين الرغبة في تناول السجن كموضوع دراسة وهو الشيء الذي يتطلب أخذ المسافة اللازمة منه وبين الشهادة للتحرر، من خلال القراءة التي عاشها الكاتب والتي تمس خصوصيته العميقة‫.‬
هذا ما يجعل من الكتاب عملاً خاصاً وفريداً من نوعه رغبت فوراً في ايصاله باللغة الفرنسية‫.‬ لم يكن ذلك سهلاً، رفض عدة ناشرين المشروع‫.‬ ولكن وبعد مضي سنتين، استلم فرانك ميرميه الذي اهتم بالكتاب منذ صدوره، استلم إدارة سلسلة‫ «ترافيرسيه» في دار نشر «بريري أوردينير» وقرر افتتاح المجموعة بهذا الكتاب (فيما يخص النصوص المترجمة عن العربية، فلقد صدر في نفس السلسلة وبنفس التاريخ كتاباً مترجماً عن التركية يتناول موضوع الإبادة الأرمنية).‬


ماريان بابوت‫:‬ هذا مشروع ناتالي‫.‬ هي التي ناضلت من أجل صدور الكتاب‫.‬ اقترحت علي أن نتشارك ترجمته في أيلول ٢٠١٣ حين أتيحت لي فرصة المشاركة في ورشة إستضافة لمترجمين نظمتها المدرسة الدولية للمترجمين الأدبيين‫.‬ شعرنا وقتها أننا قد نعطي فرصة لكتاب ‫«‬بالخلاص يا شباب‫»‬ باقتراحه كمادة للعمل في الورشة‫.‬ وتبين أن فكرة ناتالي كانت صائبة رغم أن مقترح النشر جاءنا في المحصلة من جهة أخرى‫! كان لا بد لي نظراً لارتباطي الشديد بسوريا وبثورتها أن أتحمس دون تردد للعمل على نصوص ياسين الحاج صالح المعروف بشجاعته كمعارض سياسي قديم. ثم اكتشفت نص الكتاب، تقريباً بالتزامن مع بدء العمل على ترجمته، فتبنيت المشروع شيئاً فشيئاً على المستوى الشخصي والملموس. خلال مشاركتي في هذه الترجمة، انتابني أحياناً إحساسٌ مفرحٌ للغاية بأنني أقوم بعمل صحيح وصائب. لأن هذا الكتاب ثمين على عدة أصعدة، أولاً لأنه يحكي سوريا معيَنة، تلك التي يجهلها كثيرون والتي عانت مدى أربعين عاماً قبل أن تظهر أمام أعين العالم أجمع بهيئة مأساوية للغاية.‬
يروي كيف أن اعتقال حيوات بأكملها في السجن، بالآلاف وبعشرات الآلاف كان منذ الثمانينيات أسلوباً ممنهجاً واعتيادياً لنظام الأسد في حكمه للبلاد‫.‬ ويروي من هنا كيف كان على هذه الأجيال المعتقلة أن تتعلم تقبل وجودها اللامعقول في المعتقل كشيئ ‫«‬اعتيادي‫».‬ يبدو لي من تجربتي في العمل في السجون في فرنسا أن بناء الروتين أو هذا ‫«‬الاستحباس‫»‬ الذي يتكلم عنه ياسين في كتابه أي إقامة نقاط علام في التآلف مع المكان والزمان بين حيطان المعتقل الأربع هو أساسيٌ جداً في حياة المعتقلين‫.‬

ياسين الحاج صالح يطرح الموضوع بقوة وبالتفصيل ويضفي على معركة كل إنسان من أجل إنقاذ شعوره بالذات وبالكرامة وبالمغزى في وجه الظروف مهما كانت، بعداً كلياً أممياً‫.‬ هذا ما فضلته في هذا العمل فهو يساهم في التذكير بأن الصراعات العديدة التي يخوضها السوريون هي ذات بعد إنساني شامل‫.‬


رواء‫:‬ كيف عشتما مهنياً هذه الترجمة على الصعيد اللغوي؟ هل واجهتكما صعوبات معينة خاصة بأسلوب ياسين الحاج صالح في الكتابة؟


ناتالي:‬ لا‫.‬ هذا النص مكتوب بلغة سلسة جداً لا تشكل صعوبات كبيرة في الترجمة‫.‬
رغم ذلك سألنا الكاتب عن تفاصيل حياته اليومية في السجن كي نقترب قدر الإمكان من الواقع الذي عاشه‫.‬
أما نص ‫«‬المنسى السوري‫»2الذي كتب لاحقاً والموجود في الإصدار الفرنسي من الكتاب شكل بالنسبة لنا مشكلة لغوية‫ فهو يستخدم فيه كلمة من إبداعه هي «المنسى» والتي بنيت على وزن لغوي اعتيادي في اللغة العربية وبالتالي يسهل على القارئ العربي فهمها. إلا أنها غير قابلة للترجمة. لجأنا إذن لاستخدام عبارات مصورة أمثال «أرض النسيان» وكان علينا تنويعها لأن اللغة الفرنسية بعكس العربية لا تحتمل التكرار اللغوي. تدور صياغة النص العربي كلها في مقام واحد هو النسيان ومقابله: الذكر، إلا أننا في الفرنسية حاولنا تنويع الصيغ فتارة «المنسيون» وتارة أخرى «هؤلاء الذين لا يُعترف بوجودهم» الخ. ‬

ماريان‫:‬ بشكل عام، لا‫.‬ كما قالت ناتالي إن كتابة ياسين سلسة ودقيقة‫.‬ لكن علي أن أعترف بقليل من الحرج أنني واجهت بعض الصعوبة أحياناً أمام تكرار بعض العناصر في النص من ألفاظ و أفكار‫.‬ تحتمل اللغة العربية التكراربسهولة أما اللغة الفرنسية وعلى الأخص دور النشر الفرنسية فلا تحتملها أبداً‫.‬ هذا ما جعلني في بعض الأوقات، عندما كانت تنفذ مني المرادفات والخدع اللغوية، أحرد قليلاً من النص‫….‬ لكن لا يسعني في تلك الحالات إلا أن ألوم نفسي على استنفاذي للمصادر الممكنة‫!‬

رواء‫:‬ تقنياً كيف تقاسمتما هذا العمل المشترك؟

ناتالي:‬ تقاسمنا الأجزاء فيما بيننا وعندما انتهينا من ترجمتها وحدنا صياغة النص كله‫.‬

ماريان‫:‬ تقاسمنا أجزاء الكتاب بشكل متساو‫.‬ ولكن سؤالك هذا يتيح أمامي الفرصة لأقول بأنني في هذا العمل كما في أعمال أخرى تلميذة ناتالي‫.‬ لقد كانت مدرستي في الترجمة في دمشق وإحدى المشرفات على عملي في مدينة آرل ومدبرة ومراجعة ترجمة هذا الكتاب‫.‬ التنسيق الذي تتحدث عنه ناتالي، هذا التنسيق الذي اوجد من أجل توحيد صياغة العمل لغوياً‫…‬ هو من فعل ناتالي‫!‬


رواء‫:‬ لماذا هذا العنوان ‫«حكايا من سوريةٍ منسية»‬ في الإصدار الفرنسي بينما يحمل الكتاب في نسخته الأصلية عنوان «بالخلاص يا شباب‫!‬» ؟


ناتالي‫:‬ اقترحت ماريان في بادئ الأمر عنوان «لنا الفرج‫!‬» ‫.‬ أعجبني العنوان وكان متناسباً مع أحد محاور الكتاب المهمة هو الاجتياز، وكانت قد استغنت فيه عن عبارة «يا شباب» التي لا مرادف سهلاً لها في الفرنسية‫.‬ أراد الناشر تغيير العنوان‫.‬ اجتمعنا حينئذ مع ماريان بابوت وفرانك ميرميه للتفكير في مقترح بديل‫.‬ الإصدار الفرنسي من الكتاب يحوي نصين جديدين‫:‬ شهادة ياسين الحاج صالح عما عاشه خلال الثورة السورية ونص ‫«المنسى» وهو تحليل لفكرة النسيان أو فقدان الذاكرة كفعل سياسي مقصود لمحوِ آلام شعب بأكمله من الوعي العام.‬
هذان النصان متعلقان بصدور الكتاب عام ٢٠١٥، أي في السنة الخامسة من المأساة السورية التي لم تعد تلفت الأنظار مع مرور الزمن‫.‬ بالتالي لم يعد هذا الكتاب يتناول موضوع السجن فقط‫.‬ والنسيان الذي أراد الكاتب محاربته في بادئ الأمر والذي أصاب آلام أجيال بأكملها من المعتقلين السياسيين في الثمانينيات أضيف إليه نسيان آخر هو اللامبالاة الحالية تجاه مصير السوريين في بلدهم اليوم والجالية العملاقة التي شكلوها في الخارج‫.‬ لذلك حاولنا إيجاد عنوان يجمع بين كل هذه المواضيع وكان هذا العنوان ‫«حكايا من سورية منسية، إخراج الذاكرة من السجون».‬
ماريان:‬ جوابي مطابق لما قالته ناتالي‫.‬


رواء‫:‬ كيف تنظران لهذا الكتاب؟ هل هو من كلاسيكيات أدب السجون أم أنه فريد من نوعه يقترن بكتابات علم الاجتماع مثلاً؟

ناتالي:‬ لقد أجبت عن هذا السؤال في السؤال الأول‫.‬


ماريان‫:‬ حسب ما أعرف عن النمطين الذين تتحدثين عنهم سأقول أنه كتاب لا يندرج لا ضمن هذا النمط ولا ذاك‫.‬ يقول نص الكتاب عن نفسه أنه لا ينتمي لأدب السجون بل للأدب ‫«من خلال» السجن (أو «بفضل»). صحيح أن الكاتب لا يعتمد أسلوب التنديد الهجومي بالسجن أو بمن يحكم السجن أو بالممارسات المسيئة التي تمارس فيه. التنديد ليس هدفه. ولا الاستحضار الداخلي الأليم هدفه. ولا يندرج برأيي ضمن كتابات علم الاجتماع لأنه لا يسعى للالتزام بخطاب معين ولا لمساءلة واقع جماعي بشكل منهجي. يبقى أن الكتاب بحد ذاته مهم جداً على صعيد علم الاجتماع. إن كان علينا تحديد النمط الأدبي لهذا الكتاب فلماذا لا نعتمد ما قال عنه ياسين في صفحاته: ليس له نمط. ‬


رواء‫:‬ كيف تريان اللغة العربية؟ كيف يمكنكما وصف علاقتكما بهذه اللغة أو التحدث عنها وكيف تعيشانها مقارنة باللغة الفرنسية؟

ناتالي‫:‬ أعتقد أنني أتحدث اللغة العربية في حياتي اليومية تقريباً بقدر ما أتحدث الفرنسية بما أنها اللغة التي أستخدم مع زوجي ومع عدد من الأصدقاء السوريين الذين باتوا يعيشون في فرنسا‫.‬ كما أني أعلمها، وأحاول دائماً تعليمها كلغة حية كما كنت أعلم الفرنسية في دمشق‫ وأحاول بشكل سريع تمكين الطلاب من التكلم باللغة العربية في مشاهد الحياة اليومية. يولد عندي شعوراً بالرضى عندما أرى الطلاب يتبنون اللغة خاصة أنني تعلمتها أنا نفسي على نسق اللغة اللاتينية ولم أتمكن من تبنيها كلغة حية إلا بعدما بدأت بالسفر. وأعمل أيضاً في الترجمة وهذا يسمح لي بالاستمرار في التعلم دائماً لأني أخرج من كل عمل ترجمي جديد بذاكرة جديدة للغة. وأستمتع أيضاً ولو بشكل متقطع بقراءة بعض أبيات الشعر العربي القديم وهي محفز دائم لي.‬
لا يمكنني مقارنة علاقتي بالعربية بعلاقتي بالفرنسية، يبدو لي أنهما متشابكتين بداخلي تماماً دون أن أخلط بينهما في الكلام‫.‬

ماريان‫:‬ بالنسبة لي يوجد عدة لغات عربية في حياتي‫، لغة الدراسة واللغة الفصحى التي تعلمتها كمجموعة من القواعد النحوية المركبة، الصعبة والممتعة في آن، كانت تلقن لنا كنوع من الطقس المقدس.‬ أما المفردات فظهرت لي كبئر عميق من الأدوات الدلالية ذات دقة لامتناهية قد يحوي مثلاً على عشرات الألفاظ الدالة على «الجمل» ‫(‬هذا ما يقال ولكني لم أتأكد من الموضوع‫!). هناك لغة صديقات الطفولة التي هي مزيج من الفرنسية والقبائلية والعربية وأنغام غائمة في ذاكرتي استعدتها لاحقاً عندما ذهبت إلى الجزائر. وهناك العربية السورية التي أصبحت إحدى لغتَي حياتي اليومية في العائلة ومع الأصدقاء. أن أقارنها بالفرنسية؟ لا أفعل هذا بشكل تلقائي إلا في الترجمة، فالمسألة كلها تكمن في ايجاد الحد الواصل بين اللغتين… وهنا تظهر مكامن كنوز كلتا اللغتين. إلا أنهما تبقيان بالنسبة لي فريدتين لا تقبلان الاختزال ولا المقارنة. ‬
‫ ‬

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1 المصطلح الفرنسي المستخدم في نص المقابلة الأصلي هو مصطلح من علم النفس الحديث ويعني امكانية اجتياز المحن القاسية جداً بنوع من المرونة التي تسمح ورغم الصدمات بالاستمرار بنفس الصلابة

lundi 27 avril 2015

La soirée au Chapiteau du Lido à Toulouse - Vidéo

 
Un moment très intense dans la vie et les actions de notre Collectif en collaboration avec Codssy, la soirée culturelle de soutien au peuple syrien, le 27 septembre 2013 au Chapiteau du Lido à Toulouse.

Réalisation : Philippe Sabatié.

Peuple Syrien Urgence Solidarité [corrigé] from Philippe san on Vimeo.

avec :
Bombes 2 Bal
Bruno Ruiz
Les Chorâleuses
Hervé Suhubiette
Laia Autonell
Marie-Céline Daubagna
Magyd Cherfi
Marc Fauroux
Noi Donne
Pascale Becker
Philippe Berthaut
Rita Macedo (percu. Onel Miranda)
Samir Arabi
Saseo
Soleïma Arabi
Thierry di Filippo

http://codssy.org/
info@codssy.org



jeudi 23 avril 2015

Le Marathon des mots à Toulouse édition 2015 - Syrie, état des lieux.



Lecture de Les gardiens de l’air de Rosa Yassin Hassan (Actes Sud) : auteure présente

Les histoires intimes de trois femmes, dont les comagnons sont en prison, s’articulent à celles des demandeurs d’asile dans le contexte de travail du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés...Publié deux ans avant le déclenchement du soulèvement syrien, ce roman est l’un des plus représentatifs d’une nouvelle littérature qui, transgressant tous les tabous, s’est employée à ressusciter la mémoire interdite de ces deux décennies.


Farouk Mardam Bey / Conférence littéraire à partir de Les recettes de Ziryâb, Actes Sud) :

Né à Damas, il a travaillé comme conseiller culturel à l’Institut du monde arabe. Il dirige la collection “Sindbad” chez Actes Sud. Il vit en France depuis 1965. Il est l’auteur de nombreux livres pour comprendre en profondeur les bouleversements actuels du monde arabe.


Hala Kodmani présente son roman La Syrie promise (Actes Sud) :

Issue d’une famille damascène aisée qui avait choisi de s’installer en France, puis de porter la nationalité française, Hala Kodmani raconte comment le pays qui n’était pa scelui de ses “origines”, la Syrie, l’a rattrapée après 50 ans d’oubli. Sous la forme d’un échanges de courriels entre elle et son père, l’ensemble, pris entre le débat français sur l’identité nationale et les révolutions arabes, se lit comme le parcours personnel d’une Syrienne qui se découvre elle-même en découvrant son pays au moment où il renaît à la vie – et où il risque de mourir.

Lecture de Sept jours de Nouri Al-Jarrah (Europia) :

Parmi les nombreux poèmes ayant comme toile de fond la révolution syrienne, se détache nettement le long poème épique de Nouri Al-Jarrah. Le titre du poème s’inspire des sept jours de la création, comme du rythme hebdomadaire des manifestations pacifistes qui se déroulaient tous les vendredis au cours des premiers mois de la révolte. C’est ainsi qu’il faut comprendre la dédicace du poème. A l'instar de Mahmoud Darwich, le poème de Nouri Al-Jarrah témoigne que tout beau poème fait partie de la résistance et que la révolution n’est pas seulement un fusil, elle est aussi le pouls du poète, le pinceau de l’artiste et la plume de l’écrivain.

Lecture de En Syrie de Joseph Kessel (Gallimard) : auteur français

Le premier reportage de Joseph Kessel, publié en 1926. Des pages d’une surprenante actualité. “La Syrie ? Que savons-nous d’elle ? (...) Qui expliquerait pourquoi l’on s’y bat et qui se bat ? Ce berceau des civilisations, ce lieu de passage prédestiné, dont la richesse et la beauté ont retenu, tant de peuples, cette terre où poussent avec une force ardente les croyances et les hérésies, déroute et confond.”

Lecture de L’âme du savon d’Alep de Françoise Cloarec (Noir sur Blanc) :

La madeleine de Proust d’un Alépin en exil, c’est l’odeur du savon. Avec elle, il retrouve son enfance et, au-delà, le passé millénaire de sa ville et de ses traditions. La tragédie qui frappe aujourd’hui la Syrie, et notamment la ville d’Alep, est une raison de plus de vouloir faire connaître un peuple, sa culture et les savoir-faire qui occupent ses mains depuis des siècles. Le lecteur découvrira les secrets de la fabrication du savon d’Alep. Vient ensuite la description de son usage et de ses nombreuses vertus, l’histoire et les secrets du bain dans les hammams.

Lecture de La mort est ma servante de Jean-Pierre Perrin (Fayard): auteur français

“Le 2 juin 2005, les services secrets syriens assassinèrent Samir Kassir, l’intellectuel arabe le plus prometteur de sa génération. (...) À l’ami disparu, qui avait prophétisé que la démocratie dans le monde arabe ne se ferait pas sans “printemps à Damas”, j’ai décidé de raconter cette révolution syrienne qu’il n’a pas pu voir. (...) J’ai essayé de comprendre comment un pays pouvait sombrer à ce point dans l’autodestruction. Avec cette certitude : les horreurs en Syrie reflètent le pourrissement du monde.”

http://www.lemarathondesmots.com/

vendredi 10 avril 2015

Rencontre avec Yassin Al Haj Saleh à la librairie Terra Nova à Toulouse le 7 avril 2015, à l'occasion de la sortie de son livre "Récits d'une Syrie oubliée".













Photos de la rencontre avec Yassin Al Haj Saleh à Toulouse, le 9 avril 2015 à l'Espace des Diversités et de la laïcité.
Rencontre organisée par notre Collectif en partenariat avec l'Université populaire de Toulouse et la librairie Terra Nova.













Photos Rawa Pichetto

dimanche 5 avril 2015

Avec Marianne Babut et Nathalie Bontemps, autour de 

"Récits d'une Syrie oubliée", de Yassin Al Haj Saleh





Les traducteurs sont les ponts qui portent solidement le livre d'une culture à une autre. C'est un voyage dans les mots. Il porte l'esprit de l'écriture en voie de changer de bord linguistique. Ils sont aussi des bateaux qui embarquent un texte, le baignent dans une autre langue, le transforment, et lui donnent une autre vie.


Merci à Marianne Babut et Nathalie Bontemps d'avoir accepté de répondre à nos questions.
Rawa Pichetto



 
Nathalie Bontemps naît en 1977 à Paris. En 1999 elle s’installe à Marseille où elle étudie l’arabe. En 2003, elle s’installe à Damas pour y continuer ses études. Elle y vit jusqu’à la fin de l’année 2011. Elle travaille comme traductrice littéraire depuis 2009, et a également beaucoup enseigné le français à Damas. Actuellement elle continue ses activités de traductrice, et enseigne l’arabe à l’institut des Cultures d’Islam à Paris. Elle est également impliquée dans l’association
ChamS Collectif Syrie, qui soutient des réseaux de solidarité à Damas.

Marianne Babut est née en 1981 à Roubaix. Elle étudie dans un premier temps les sciences politiques, et plus tard l’arabe aux Langues’O à Paris. En 2008, elle s’installe à Damas, où elle enseignera le français, puis, avec le début du soulèvement populaire au printemps 2011, elle travaillera quelques temps comme traductrice pour l’ambassade. Depuis son retour en France début 2012, elle enseigne le français en milieu carcéral et poursuit ses activités de traductrice.



Rawa Pichetto : Comment est né le projet de cette traduction ? Qu'est-ce qui vous a le plus motivées dans ce travail ?

Nathalie Bontemps : En 2012 j’ai acheté le livre à Beyrouth. Il venait de sortir. A la lecture, j’ai tout de suite eu envie de le traduire, car il présente un regard très particulier sur la prison et sur la société syrienne. Ce qui m’a frappée d’abord, c’est que ce livre est l’histoire d’une résilience. L’accent est mis sur la possibilité de se réapproprier une liberté intime, alors même qu’on vit un cauchemar inconcevable : passer toute sa jeunesse en prison. L’auteur va même jusqu’à renverser les choses et dire que sans cette épreuve, il n’aurait pas pu accéder à cette émancipation, et à cette vision du monde qui fait actuellement son identité. L’énergie de résilience est donc très forte, et on ne peut qu’avoir envie de donner ce texte à lire au moment où la Syrie traverse des épreuves aussi terribles.
Un autre aspect du livre m’a aussi beaucoup intéressée, c’est l’effort de l’auteur pour envisager la prison comme cas de société et « expérience civique ». L’incarcération a en effet concerné tant de monde dans sa génération qu’elle est devenue un véritable phénomène de société, que l’auteur tente d’approcher en s’inspirant des méthodes de science sociale.
Il y a donc à la fois la volonté de faire de la prison un sujet d’étude et donc de prendre toute la distance requise avec elle, et en même temps ce témoignage d’émancipation par la lecture qui est extrêmement personnel.
Cela en fait une œuvre très originale, que j’ai tout de suite envie de donner à lire en français. Cela n’a pas été facile. Plusieurs éditeurs ont refusé le projet. Mais deux ans plus tard, Franck Mermier, qui était intéressé par ce livre depuis sa sortie, a pris en charge la collection « Traversée » aux Prairies ordinaires. Et il a décidé d’inaugurer la collection avec ce livre. (Du moins en ce qui concerne les textes traduits de l’arabe. La collection sort en même temps un ouvrage traduit du turc, qui traite du génocide arménien).

Marianne Babut : Ce projet est celui de Nathalie. C’est elle qui l’a porté et s’est « battue » pour qu’il voie le jour. Elle m’a proposé de le partager quand, en septembre 2013, j’ai eu l’occasion de participer à une résidence de traduction organisée par le CITL. Il fallait présenter un projet dans le cadre de cette résidence : on s’est dit qu’en proposant '' Bil Khalass Ya Chebab '' (Le titre de « Récits d'une Syrie oubliée, dans l'édition arabe), on donnerait peut-être au livre une chance de se faire « remarquer ». Même si la proposition de publication est finalement venue d’ailleurs, l’intuition de Nathalie s’est avérée être bonne ! Etant donné mon attachement à la Syrie et à sa révolution, travailler sur les écrits de Yassin al Haj Saleh, connu pour son courage d’opposant politique de longue date, ne pouvait que m’enthousiasmer a priori. Puis, en découvrant le texte presqu’en même temps que je commençais à le traduire, j’ai progressivement adopté le projet de sa traduction de façon plus personnelle, plus incarnée. Participer à cette traduction m’a procuré par moments le sentiment extrêmement réjouissant de faire quelque chose de juste et de sensé. Car ce livre est précieux à plusieurs égards. D’abord parce qu’il raconte une certaine Syrie, celle, largement méconnue, qui souffrait déjà depuis 40 ans, avant qu’elle ne surgisse aux yeux du monde entier sous les traits les plus dramatiques qui soient. Il raconte combien séquestrer en prison des vies entières, par milliers, dizaines de milliers, était déjà dans les années 1980 une façon normalisée de gouverner pour le régime al-Assad. Il raconte, partant, comment il a fallu, à ces générations séquestrées, apprendre à « banaliser » à leur tour leur absurde condition carcérale. Pour travailler moi-même en prison, je crois savoir que la routinisation- ces petits repères de familiarité avec l’espace et le temps entre quatre murs dont parle tant l’auteur- est absolument nécessaire à tout détenu. Yassin al Haj Saleh en parle avec force et détails, donnant au combat de chacun pour la survie d’un sentiment de soi, d’une dignité, d’un sens, envers et contre toutes conditions, une dimension d’universalité. C’est ce qui m’a le plus plu, dans ce travail : il contribue à rappeler que de nombreux combats menés par les Syriens sont de portée universelle.


R.P. : Comment, en tant que traductrices, avez-vous vécu cette traduction sur le plan linguistique ? Avez-vous rencontré des difficultés particulières relatives à l'écriture de Yassin Al Haj Saleh  ?

N.B. : Pas vraiment. Ce texte est écrit dans une langue très fluide qui pose peu de problèmes de traduction.
Nous avons cependant questionné l’auteur concernant les détails de la vie quotidienne en prison, pour rester au plus près de la réalité concrète.
Par contre, le texte « Terre d’oubli », écrit ultérieurement et qui figure dans la traduction française, nous a posé un problème linguistique. L’auteur y utilise un mot de son invention : المنسى (al mansa), qui correspond à une construction familière en langue arabe et qui peut donc être comprise par le lecteur arabophone. Mais c’est intraduisible. Nous avons donc eu recours à des images telles que « terre d’oubli », mais qu’il fallait varier, car le français n’accepte pas la répétition comme l’arabe. Le texte arabe reste sur un seul registre : oublier ou évoquer. Mais en français nous avons essayé de varier les formulations. Une fois « les oubliés », une fois « ceux dont l’existence n’est pas prise en compte » etc.

M.B. : Globalement, non. Comme le dit Nathalie, l’écriture de Yassin est fluide et précise. Je dois avouer, non sans un peu de gêne, qu’il m’est tout de même arrivé parfois d’être en difficulté face à la récurrence de certaines redites, de termes comme d’idées. La langue arabe supporte bien la répétition, la langue (et l’édition !) française beaucoup moins. Parfois donc, à court de synonymes ou de subterfuges syntaxiques, j’ai pu quelque peu bouder le texte...Mais dans ces cas où j’ai manqué de ressources, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même !


R.P. : Techniquement, comment vous vous êtes partagé ce travail à quatre mains ?

N.B. : Nous nous sommes réparties des chapitres à traduire séparément, puis avons homogénéisé le texte lorsque tout l’ouvrage a été traduit.

M.B. : Nous nous sommes réparties les chapitres équitablement. Mais cette question est pour moi l’occasion de dire que je suis, dans ce projet comme dans d’autres, l’élève de Nathalie. Elle a été mon professeur de traduction à Damas, une de mes superviseuses à Arles, l’instigatrice et la correctrice de cette traduction. L’harmonie dont parle Nathalie, trouvée pour assurer l’unité de ce travail... cette harmonie, c’est elle !


R.P. : Pourquoi ce titre «  Récits d'une Syrie oubliée » alors que le livre dans sa version d'origine porte le titre « A notre salut les jeunes ! » ?

N.B. : Marianne Babut avait initialement proposé la traduction « A nous la délivrance », qui me plaisait et correspondait à un des axes importants pour moi, celui de la résilience. (Elle avait retiré l’expression « les jeunes » qui est peu compréhensible en français). L’éditeur a souhaité changer de titre. Nous nous sommes donc réunis avec Marianne Babut et Franck Mermier pour réfléchir à une proposition. La version française comporte deux textes inédits : le témoignage de Yassin Al Haj Saleh sur ce qu’il a vécu pendant la révolution syrienne, et « Terre d’oubli » qui est une analyse de l’oubli, ou de l’amnésie, comme geste politique délibéré d’effacer de la conscience publique la souffrance de populations entières. Ces deux textes correspondent au fait que le livre sort en 2015, dans la cinquième année du drame syrien, qui tend à se banaliser de plus en plus. Ce n’est donc plus un livre exclusivement sur la prison. Et l’oubli que l’auteur entendait initialement combattre, et qui concernait les souffrances de générations entières de prisonniers politiques dans les années 80, s’est doublé d’un autre oubli : l’indifférence actuelle au sort des Syriens dans leur pays ou dans l’immense diaspora qu’ils forment aujourd’hui. Nous avons donc essayé de trouver un titre qui rassemble tous ces thèmes. Cela a été « Récits d’une Syrie oubliée , sortir la mémoire des prisons ».

M.B. : J’en parlerais de la même façon que Nathalie


R.P. : Comment percevez-vous ce livre ? Est-il un classique de la littérature carcérale ou se démarque-t-il par une approche plutôt originale qui s'apparente à l'écriture sociologique  par exemple ?

N.B. : J’ai répondu à cette question dans la première question.

M.B. : De ce que je connais des deux genres que vous évoquez, je dirais qu’il n’appartient ni à l’un ni à l’autre. Le livre dit, à son propre propos, qu’il n’appartient pas à la littérature de prison, mais à la littérature « grâce à » la prison. C’est vrai qu’il ne se livre pas à une dénonciation en tirs groupés de la prison, ni de ceux qui y ont le pouvoir, ni des sévices qui s’y vivent. La dénonciation n’est pas son objet. Pas plus que l’introspection douloureuse d’ailleurs. Il ne s’apparente pas non plus, à mon sens, à de l’écriture sociologique, dans la mesure où il ne s’attache pas à « tenir » un propos, ni à interroger de façon systématique une réalité collective. Mais, sans être de nature sociologique, il a, sans aucun doute, un véritable intérêt sociologique. S’il s’agit de définir le genre littéraire de ce livre, peut-être peut-on s’en remettre à ce qu’il dit de lui-même : il n’en a pas.



R.P. : Comment percevez-vous la langue arabe ? Autrement dit, pourriez-vous décrire ou parler de votre rapport à cette langue et comme la vivez-vous en comparaison avec la langue française ?

N.B. : Dans ma vie de tous les jours je parle peut-être presque autant l’arabe que le français, puisque c’est surtout la langue que j’utilise avec mon mari, et avec un certain nombre d’amis syriens qui vivent désormais en France. De plus je l’enseigne, et je m’efforce de l’enseigner comme une langue vivante, comme j’enseignais le français à Damas. De permettre aux étudiants d’être capables de s’exprimer rapidement en arabe dans les situations de la vie courante . Cela me procure une grande satisfaction de voir les étudiants s’approprier cette langue, car moi je l’ai apprise comme du latin, et n’ai pu m’approprier une certaine oralité que quand j’ai commencé à voyager. Il y a aussi la dimension de mon travail de traduction, qui me permet de continuer d’apprendre en permanence. Car je sors de chaque traduction avec une nouvelle mémoire de la langue. Il y a aussi, trop rarement mais non moins plaisant, la lecture de quelques vers de poésie ancienne, qui sont une source intarissable de motivation.
Je ne peux pas comparer le rapport à l’arabe avec le rapport au français. Il me semble qu’ils sont tout à fait enchevêtrés en moi, même si je ne les mélange pas en parlant.

M.B. :Pour moi, il y a plusieurs langues arabes dans ma vie. Il y a celle des études, l’arabe littéraire, que j’ai appris comme une grammaire assez complexe, mais géniale, qu’on nous a enseignée, pour le meilleur et pour le pire, comme une tradition quasi sacrée. Et un vocabulaire, comme un puits sans fond de ressources sémantiques d’une précision infinie, qui disposerait par exemple de dizaines de substantifs pour nommer un chameau (à ce qu’on en dit, mais je ne l’ai jamais personnellement vérifié !). Il y a la langue arabe de mes amies d’enfance, ce mélange de français, kabyle, arabe, de mélodies confuses dans ma mémoire, que j’ai pu retrouver plus tard en Algérie. Et puis il y a l’arabe syrien, qui est devenu l’une des deux langues de ma vie quotidienne, familiale et amicale. La comparer au français ? Spontanément, je ne le fais jamais. Sauf dans la traduction, en fait, où tout est question de trouver la mesure commune entre deux langues...Là apparaissent les immenses richesses respectives de chacune. Mais elles restent à chaque fois, pour moi en tout cas, irréductibles l’une à l’autre, « incomparables ».